Intervention de Sir Julian King

Réunion du 16 mars 2016 à 9h00
Commission des affaires étrangères

Sir Julian King, ambassadeur du Royaume-Uni en France :

erci de votre invitation. Ce n'est pas la première fois que je visite l'Assemblée, mais je découvre cette salle, et je suis très heureux d'être là. Cela fait cinq semaines que j'ai repris le flambeau de Sir Peter Ricketts, qui est depuis longtemps, je crois, un ami pour vous, madame la présidente, et pour vos collègues.

J'aborderai devant vous les sujets suivants : le référendum ; le sommet d'Amiens, il y a deux semaines, et les quelques domaines dans lesquels nous travaillons très étroitement ensemble et qui ont été évoqués à cette occasion ; enfin, la question de Calais et, plus généralement, celle des migrations. Je m'efforcerai ensuite de répondre à vos questions sur ces sujets, ou sur d'autres que vous voudriez aborder.

En ce qui concerne tout d'abord le référendum britannique, j'aimerais encadrer la discussion et rappeler quelques faits. Nous avons trouvé un accord de compromis lors du Conseil européen de février, en arrêtant une position commune. C'était important eu égard aux détails, aux questions que nous avions soulevées, mais aussi politiquement, pour nous : c'était nécessaire pour lancer la campagne, et nous avions besoin que nos partenaires nous répondent.

À la suite de l'accord, David Cameron a proposé d'organiser un référendum le jeudi 23 juin, sur une question qui, comme vous l'avez dit, est « simple » : le Royaume-Uni doit-il rester dans l'Union européenne ou doit-il en sortir ? Actuellement, les sondages sont assez serrés, la plupart donnant une légère avance au maintien dans l'Union. Selon le plus récent, réalisé par l'institut YouGov, bien connu et respecté dans ce domaine, 40 % veulent rester et 37 % partir. Le nombre d'indécis est toujours élevé, autour de 20 % – il est de 23 % dans ce dernier sondage.

Nous sommes au début d'une campagne qui sera très vive. Les propos tenus des deux côtés seront peut-être parfois difficiles à entendre pour vous et pour d'autres. En effet, dans les deux camps, on attend ce moment depuis longtemps : nous n'avons pas eu de référendum à ce sujet depuis quarante ans.

À partir du 15 avril entreront en jeu les organisations choisies pour mener les campagnes officielles. Les organisations ainsi désignées auront accès à une subvention publique, à des créneaux à la télévision, aux médias et à d'autres moyens.

Un mois avant le référendum, le 27 mai, commencera la période de purdah – en bon français, de réserve électorale –, pendant laquelle les activités du gouvernement et de l'administration seront très restreintes. Mais nous n'en sommes pas encore là, de sorte que je suis aujourd'hui libre d'exprimer devant vous la position du gouvernement.

Car le gouvernement a arrêté une position officielle. Je suis parfois obligé de l'expliquer, dans la mesure où six des vingt-neuf ministres du Conseil se sont déclarés favorables à la sortie. Dans nos traditions, en effet, on laisse aux ministres leur liberté de parole à ce sujet. Il n'empêche que le gouvernement s'est officiellement prononcé pour le maintien au sein de l'Union européenne ; c'est cette position que le Premier ministre soutient depuis deux semaines et va continuer de soutenir de tout son coeur. Il a à ses côtés d'autres ministres importants comme le Foreign Secretary, la ministre de l'intérieur, Theresa May, et, bien sûr, le Chancelier de l'Échiquier, George Osborne.

Le gouvernement publie actuellement une série de papiers pour éclairer le débat public ouvert il y a deux semaines. L'un porte sur les détails de l'accord ; un autre sur les dispositifs de sortie si cette option est choisie, dans le cadre désormais inscrit dans les traités, à l'article 50 du Traité sur l'Union européenne ; le plus récent présente les solutions alternatives à l'appartenance à l'Union européenne – le modèle norvégien, le modèle suisse ou un simple accord de libre-échange.

J'en viens au sommet franco-britannique qui s'est tenu le 3 mars à Amiens. Il a montré une fois de plus la coopération étroite entre nos deux pays dans nombre de domaines et notre ambition partagée de relever les défis d'aujourd'hui ensemble, main dans la main. Nous avons commencé par une visite au cimetière de Pozières, car notre histoire commune dépasse les rivalités du jour ; le Président et le Premier ministre s'y sont recueillis ensemble en mémoire des soldats qui ont donné leur vie pour notre liberté lors de la Première Guerre mondiale.

Lors de ce sommet, nous avons acté de nouvelles coopérations et des projets à poursuivre. En voici quelques exemples. En matière de défense – un domaine d'une haute importance, peut-être le domaine phare de notre coopération –, nous nous sommes mis d'accord sur la validation du concept de force expéditionnaire commune interarmées, avec des scénarios de déploiement d'une force expéditionnaire interarmées franco-britannique de 10 000 hommes ; jusqu'à 7 000 hommes et femmes français et britanniques participeront à un exercice le mois prochain au sud du Royaume-Uni.

Nous nous sommes aussi mis d'accord sur la prochaine étape du projet consistant à développer ensemble un drone, ou avion sans pilote, pour lequel nous allons investir ensemble deux milliards de livres au cours des dix prochaines années.

En ce qui concerne Hinkley Point, il a été établi que la décision finale d'investissement serait prise dans un avenir proche et avec un fort appui du gouvernement français.

Calais a été un autre point important du sommet. Une contribution britannique supplémentaire de 22 millions d'euros sera versée pour appuyer les efforts sécuritaires des autorités françaises, mais aussi pour aider les réfugiés à rejoindre des centres d'accueil ailleurs en France. Nous nous sommes engagés à travailler en étroite collaboration avec le gouvernement français sur le problème des mineurs non-accompagnés, afin que ceux qui ont des liens familiaux au Royaume-Uni puissent quitter Calais et être accueillis dans mon pays.

Nous restons bien sûr des partenaires privilégiés dans la lutte contre le terrorisme – un sujet qui reste malheureusement d'une très grande actualité, comme on l'a vu en Côte d'Ivoire, et même hier à Bruxelles –, à tous les niveaux, que ce soit directement sur le terrain, en Syrie par exemple, ou en renforçant notre coopération en matière de trafic d'armes ou de radicalisation sur internet.

Enfin, nous souhaitons lancer le programme « Young Leaders », un programme d'échange de haut niveau entre jeunes professionnels à fort potentiel. Nous ne devons pas négliger, en effet, les liens qui existent et que nous devons resserrer entre nos deux peuples, nos deux sociétés civiles.

Les sujets internationaux ont également été abordés au cours du sommet. Je tiens à souligner que nous collaborons très étroitement dans le cadre de la gestion de crise, en Syrie comme en Libye ; c'est la valeur ajoutée de notre travail commun.

Quelques mots sur Calais et sur les questions migratoires. Concernant Calais, nous comprenons évidemment que les choses sont difficiles pour tous : pour les réfugiés qui se trouvent sur place en situation précaire, mais aussi pour les riverains. Il n'y a pas de solution facile. Nous saluons le travail effectué par le ministre Cazeneuve pour sécuriser le port et soutenir les migrants. Nous pensons que la seule manière de remédier à cette situation est de montrer qu'il n'existe pas de lien entre l'arrivée à Calais et la traversée de la Manche.

Je me suis rendu à Calais mercredi dernier et j'y ai rencontré Madame la maire. Nous avons discuté de deux points principaux : les moyens visant à renforcer les liens économiques entre Calais et le Kent et la situation des migrants. J'ai aussi rencontré Madame la préfète à Arras il y a deux semaines. Nous suivons donc de près l'évolution de la situation sur place, du point de vue non seulement sécuritaire, mais aussi économique. La maire m'a ainsi présenté plusieurs idées pour développer l'économie de Calais et améliorer la réputation du territoire, et je me suis engagé à soutenir cette démarche dans la mesure du possible. Nous travaillons avec le British Council et la chambre de commerce franco-britannique dans cet objectif.

Concernant les migrants, nous avons échangé à propos de l'ensemble des sujets sur lesquels nous coopérons – les améliorations à apporter à la sécurisation du port, le soutien à la police, la communication avec les migrants. La maire a insisté sur la question des mineurs isolés ; nous l'entendons tout à fait. Au cours de ma visite, j'ai aussi rencontré le sous-préfet et j'ai parlé à La Voix du Nord.

S'agissant plus généralement des questions migratoires, notre coopération avec la Turquie est bien évidemment cruciale. Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont rencontré le Premier ministre turc le 7 mars, comme vous le savez tous. Les solutions trouvées vont être discutées de nouveau au Conseil européen demain et après-demain. La base de cet accord est la suivante : les futurs migrants arrivant en Grèce pourront être renvoyés vers la Turquie. Cela porterait un coup dur à l'activité lucrative des passeurs. C'est cette approche que nous, Royaume-Uni, privilégions depuis maintenant quelques mois : il nous paraît absolument vital de nous attaquer au modèle économique des passeurs.

Le Royaume-Uni est très actif en la matière. Ne faisant pas partie de Schengen, nous ne sommes pas concernés par le programme de relocalisation, mais nous avons un programme national qui doit permettre de réinstaller 20 000 Syriens identifiés directement sur place comme étant particulièrement vulnérables d'ici la fin de la législature. Les 1 000 premiers sont arrivés au Royaume-Uni avant Noël ; nous en sommes aujourd'hui aux alentours de 1 500.

Quant aux fonds discutés au niveau européen, nous attendons que les choses soient formalisées demain. Pour le moment, nous nous sommes engagés à payer notre part, soit 250 millions de livres sur les trois milliards d'euros déjà promis. Je tiens à souligner que simultanément, à titre national, le Royaume-Uni s'est engagé à fournir une aide humanitaire de £1,1 milliards en réponse à la crise humanitaire en Syrie : £561 millions en Syrie, et £559 millions dans les pays voisins.

Voilà, brièvement présentés, quelques domaines dans lesquels nous travaillons ensemble. Si, comme je le souhaite, le peuple britannique se prononce pour le maintien le 23 juin, ce sera l'occasion de cimenter notre appartenance à l'Union européenne, afin de devenir ou de redevenir un partenaire utile pour tous les pays européens, y compris la France, bien évidemment.

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