Intervention de François Rochebloine

Réunion du 8 novembre 2016 à 10h00
Commission élargie : finances - affaires culturelles - affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Rochebloine, rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères, pour l'action audiovisuelle extérieure :

Tout d'abord, je souhaite saluer la création de la version espagnole de France 24, projet porté par Mme Saragosse, que notre commission a toujours soutenu. Il aurait été une erreur de ne pas être présents pour porter la voix de la France sur le continent latino-américain alors que tous nos concurrents y sont.

Je me félicite aussi de la signature du nouveau contrat d'objectifs et de moyens, que notre commission examinera la semaine prochaine, après avoir entendu Marie-Christine Saragosse. Il est ambitieux, mais nous pourrions l'être un peu plus. Par comparaison, la BBC a décidé un plan d'économies de plus de 200 millions d'euros sur ses services domestiques pour allouer à son service BBC World, fait sans précédent, une augmentation de 48 millions d'euros de son budget en 2016-2017, puis de 120 millions d'euros par an. Cette initiative n'est pas isolée, comme en témoigne le cas de la Deutsche Welle, qui voit pendant quatre ans ses moyens augmenter de douze millions d'euros par an à compter de 2016.

Compte tenu d'une faible progression des ressources propres, notamment en raison d'un marché publicitaire atone, il faudra veiller au dynamisme de la contribution à l'audiovisuel public, qui assure désormais l'intégralité du financement du groupe. Quelle est votre position sur ce sujet, madame la ministre ?

La trajectoire financière 2017 de TV5 Monde ne laisse pas présager à ce stade la capacité pour l'entreprise de mettre en oeuvre le plan stratégique ambitieux qu'elle a préparé. Si la contribution française a été fort heureusement augmentée, elle ne l'a été que dans des proportions qui ne permettront qu'une mise en place partielle du plan stratégique.

Les partenaires non français auront pour leur part des difficultés à tous suivre proportionnellement l'augmentation française, en particulier le Canada et le Québec, à ce stade des discussions.

Par ailleurs, si les recettes propres, liées à la publicité et à la distribution, sont en augmentation, cette dernière reste trop légère et trop précaire, dans un contexte de concurrence accrue, pour peser de façon significative dans le financement du projet de plan.

Dans ces conditions, et alors même que les surcoûts résultant de la cyberattaque représentent plus de trois millions d'euros par an, contre 4,6 millions en 2015 et 3,7 millions en 2016, l'entrée de nouveaux gouvernements bailleurs de fonds serait essentielle pour assurer un plein financement du projet de plan. Quel est, à ce stade, l'état de notre réflexion et de notre dialogue avec les partenaires de la francophonie ?

Je poserai à présent plusieurs questions en lieu et place de notre collègue Patrice Martin-Lalande, également rapporteur de cette mission, qui n'a pu assister à cette réunion.

Le nouveau projet de COM de France Médias Monde vient d'être transmis pour avis aux commissions compétentes de notre assemblée. La société a déjà réalisé ces dernières années des efforts considérables en termes de productivité. Je rappelle que les crédits qui lui sont consacrés ne représentent pas plus de 7 % du total des crédits alloués à notre audiovisuel public. Or, elle doit à la fois consolider son action au Maghreb et en Afrique, avec lesquels notre pays a des liens privilégiés, mais aussi gagner des positions en Asie en soutien à notre diplomatie économique, ou encore financer le virage numérique et les changements de mode de consommation qu'il implique. Ce COM s'inscrit dans un contexte de forte concurrence internationale pour notre audiovisuel extérieur car aussi bien les Russes que les Américains et les Chinois investissent massivement dans ce domaine. Nous espérons donc que la trajectoire financière du COM, déjà contrainte, sera respectée.

Notre question porte surtout sur notre vision, à dix ou quinze ans, de ce que doit être la place de l'audiovisuel extérieur, d'une part, dans le paysage audiovisuel français, et, d'autre part, dans notre diplomatie d'influence.

L'exemple de l'audiovisuel extérieur allemand, que nous avons étudié cette année, est à ce titre intéressant : bien que sous la tutelle du ministère de la culture, la Deutsche Welle, a été véritablement intégrée à la grande réflexion que l'Allemagne mène en ce moment sur sa diplomatie, à l'initiative de son ministre des affaires étrangères, M. Steinmeier. Ses moyens ont été et vont être considérablement augmentés, de même que ceux de la Deutsche Welle Akademie, organisme de coopération qui est un formidable outil d'influence auprès de la jeunesse et des leaders d'opinion.

Ne pourrait-on envisager nous aussi la création d'un outil politique de pilotage de l'audiovisuel extérieur de la France, incluant toutes les parties prenantes ? Votre ministère mais aussi le ministère des affaires étrangères, les parlementaires et les acteurs privés de notre audiovisuel, présents à l'étranger, pourraient y participer.

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