Intervention de Gérard Rameix

Réunion du 3 novembre 2016 à 10h00
Mission d'information sur les suites du référendum britannique et le suivi des négociations

Gérard Rameix, président de l'Autorité des marchés financiers, AMF :

Si nous refusons une telle proposition, ils entreprendront alors de négocier des accords spécifiques, qu'ils soient bilatéraux ou sectoriels ; il faudra dans ce cas faire preuve de toute la rigueur nécessaire pour éviter que le diable ne se loge dans les détails. De mon point de vue, il faut donc éclaircir ce sujet au mieux.

Il est inévitable que certaines activités financières aujourd'hui exercées à Londres soient transférées sur le continent, même si leur volume n'est pas considérable. Les différentes places européennes étant en concurrence, nous devons faire valoir nos atouts. Nous faisons tout notre possible pour promouvoir l'attractivité de la place de Paris ; mieux vaut toutefois adopter des positions claires sans les nuancer dans la foulée – même pour de bonnes raisons – par d'autres déclarations, car l'efficacité dans les négociations s'en ressent.

Enfin, nos infrastructures de marché jouent un rôle important. Nous n'avons pas encore abordé la question du rapprochement des bourses de Londres et de Francfort. Les enjeux sont pourtant colossaux, tant en termes de risques systémiques dus à la concentration excessive des opérations dans une seule et même structure, qu'en raison du paradoxe selon lequel, à l'issue du Brexit, l'un des principaux centres de décision financiers européens serait localisé hors de l'Union européenne.

À mon sens, aucune autorité de régulation financière en Europe n'a le souhait de « casser » la place de Londres ; au contraire, la continuité de la régulation et des affaires sont prioritaires pour éviter tout accident. Dans toutes les hypothèses, la place de Londres conservera un rôle majeur. En revanche, il est important d'évaluer les activités qu'elle gardera et selon quelles modalités. Le risque de dumping est une question très complexe : les Britanniques seront partagés entre la volonté de conserver certaines règles, car il est utile de réguler la finance en certaines circonstances, et celle de procéder à des assouplissements en réponse, par exemple, à la demande de partenaires américains souhaitant s'installer à Londres, pour lesquels ils ont les yeux de Chimène. Il faudra donc établir avec la plus grande clarté si le passeport – ou son équivalent – est maintenu, et dans quelle mesure l'application des règles en vigueur dans les Vingt-sept demeure contraignante.

Encore une fois, la question du Brexit est complexe parce qu'elle se décline en innombrables sous-questions. Or, les Britanniques sont les techniciens les plus habiles en la matière. Nous devrons donc nous doter des moyens suffisants pour analyser précisément les implications de chaque choix.

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