Intervention de Patrice Carvalho

Réunion du 22 novembre 2016 à 17h00
Commission des affaires européennes

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPatrice Carvalho :

Je souhaite recueillir votre avis sur un point qui a été au coeur de la COP22, mais dont l'issue a été renvoyée à une prochaine réunion à Bonn.

Marrakech devait être la COP de l'agriculture : la conférence se déroulant en terre africaine, la question agricole et alimentaire de ce continent était en effet au centre des préoccupations.

Les pays d'Afrique sont exposés aux manifestations du réchauffement climatiques : sécheresses, inondations, montée du niveau de la mer, chute des rendements, appauvrissement des sols, autant d'événements qui sont à l'origine de flux migratoires considérables, ce qui fait que le nombre de réfugiés climatiques va exploser au cours des prochaines années, selon les Nations unies.

À cela s'ajoute une démographie appelée à augmenter de façon exponentielle. La population du continent, qui s'élève actuellement à 1,2 milliard d'habitants, devrait doubler d'ici le milieu du siècle pour atteindre 4,2 milliards en 2100. La part des Africains dans la population mondiale sera alors de 40 %.

Nous nous trouvons face à un triple défi : assurer la sécurité alimentaire de ces populations, lutter contre les fléaux du réchauffement climatique – notamment la sécheresse –, et limiter les gaz à effet de serre dus aux activités agricoles.

Un accord aurait dû être trouvé à Marrakech, mais il n'en a rien été. Le point de blocage se trouve dans la volonté d'un certain nombre de pays, avec l'appui des multinationales de l'agrochimie et de l'agroalimentaire, de poursuivre sur la voie d'une agriculture intensive. Celle-ci consiste en de vastes monocultures profitant d'une main-d'oeuvre locale à bas coût, et destinées davantage à l'exportation qu'à l'alimentation des populations autochtones. Le recours intensif aux engrais, qui est la règle, aboutit à la dégradation de 12 à 15 millions d'hectares de sols agricoles chaque année.

Depuis la création de la convention-cadre des Nations unies sur le climat en 1992, la problématique de l'agriculture était absente des débats. Elle a réussi à se faire une petite place dans l'accord de Paris, dont le préambule reconnaît « la priorité fondamentale consistant à protéger la sécurité alimentaire et à venir à bout de la faim, et la vulnérabilité particulière des systèmes de production alimentaire aux effets néfastes des changements climatiques ».

Une initiative, dite des « 4 pour 1 000 », a été évoquée à Marrakech. Visant à conjuguer agriculture, sécurité alimentaire et réduction des émissions de CO2, elle repose sur le fait que les sols contiennent des milliards de tonnes de carbone sous forme de matière organique, et sur un calcul scientifique basé sur cette constatation : l'augmentation annuelle de 0,4 % – soit 4 pour 1 000 – de cette quantité permettrait à la fois de compenser, par captation, l'augmentation annuelle de CO2 dans l'atmosphère et de fertiliser les sols.

L'idée est intéressante, et un comité scientifique et technique sera chargé d'évaluer sa mise en oeuvre. Il convient d'y adjoindre des objectifs en matière sociale, économique et environnementale : il ne s'agit pas seulement de mettre du carbone dans les sols, mais d'assurer la sécurité alimentaire effective des populations, et d'éviter l'accaparement des sols par ceux qui voudraient continuer à tirer profit de ce nouveau modèle agricole.

Quelles initiatives la France entend-elle prendre pour avancer dans cette direction ?

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