Intervention de Pascal Dayez-Burgeon

Réunion du 24 avril 2013 à 16h30
Commission des affaires étrangères

Pascal Dayez-Burgeon, directeur adjoint de l'Institut des sciences de la communication du CNRS :

Quelques mots de la situation intérieure. Le régime nord-coréen n'est plus un régime communiste depuis longtemps. Il a d'ailleurs renoncé à toute référence marxiste-léniniste. C'est une monarchie confucéenne.

On s'est longtemps défié et gardé en Corée des évolutions de l'empire chinois. Lorsqu'au 17ème siècle, les Mandchous ont succédé à la dynastie des Ming, la Corée a prétendu être le conservatoire de la culture chinoise, considérant que la Chine trahissait sa propre culture. Elle a la même position aujourd'hui, estimant que la Chine trahit son passé communiste.

Dans la Résistance contre le Japon, la dynastie coréenne des Kim a évincé celle des Li, qui s'était disqualifiée en collaborant avec l'occupant japonais. Pour asseoir encore davantage la légitimité des Kim, on est allé jusqu'à dire que l'arrière grand-père de Kim Il-sung était celui qui, au 19ème siècle, avait repoussé le premier navire russe ayant remonté le fleuve Daedong jusqu'à Pyongyang. Ancestrale, la légitimité de la dynastie Kim aujourd'hui est d'essence monarchique. Kim Jong-un ne peut pas être remis en cause : nul autre que lui ou un membre de sa famille ne pourrait diriger le pays. À moins d'un assassinat – en avril 2004, Kim Jong-il a échappé de peu à un attentat dans un train près de la frontière chinoise ayant fait quatre-vingts morts –, il est assuré de rester au pouvoir. Globalement la population adhère au régime. Personne ne s'est rebellé lors de la succession de Kim Jong-il. Les larmes des vieux généraux à l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-un n'étaient pas feintes, qui voient en lui la réincarnation de Kim Il-sung. Kim Jong-un règne aujourd'hui sur la Corée du Nord tel un monarque. Gouverne-t-il ? C'est une autre question.

Quelles marges de négociation existe-t-il ? La politique du « rayon de soleil » (sunshine policy), lancée en 2000 par le président sud-coréen Kim Dae-jung et visant au rapprochement entre les deux Corée, était fondée sur l'idée que, quoi qu'il advienne, il fallait découpler le discours de la Corée du Nord des faits. L'idée était de voir le voisin du Nord tel qu'il était, et non tel qu'il se prétendait ou tel que la Corée du Sud aurait voulu qu'il soit, et d'accepter la négociation en dépit de ses menaces récurrentes. Cette politique a produit des résultats. Ce sont les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis qui y ont mis un terme, le président Bush ayant alors décidé que la Corée du Nord faisait partie des pays de « l'axe du mal ». Il devenait difficile pour la Corée du Sud, allié des États-Unis, de continuer de tendre ainsi la main au voisin nord-coréen. Pourtant, cette sunshine policy, élargie à la région, pourrait être une voie de dialogue. En effet, alors que les dialogues à six étaient strictement diplomatiques, elle avait, elle, une dimension plus large, culturelle notamment. C'est dans ce cadre qu'aux Jeux olympiques de Sydney, Athènes et Turin, les deux délégations coréennes ont défilé ensemble sous un autre drapeau que celui des deux États, que des échanges de jeunes ont eu lieu entre les deux pays, que des festivals culturels ont été organisés, que des familles éclatées entre les deux pays après 1953 ou séparées depuis 1945 ont pu se retrouver…

Pour ce qui est de la Russie, je suis d'accord avec vous, Madame. Mais n'oublions pas quand même que la Corée du Nord lui loue ses prisonniers politiques pour exploiter ses forêts. La Russie s'intéresse bien sûr à la sécurité dans cette région du monde mais elle est peu regardante sur la situation des droits de l'homme en Corée du Nord et peu sensible à la situation du peuple nord-coréen. La Russie, qui avait essayé de coloniser la Corée à la fin du 19ème siècle, n'y renonçant qu'après sa défaite terrible de 1905 contre le Japon, n'a jamais cessé de s'en méfier. Pour Staline encore, « un Coréen, c'était un Japonais déguisé ». Et cette défiance perdure. Les Russes ne croient pas à la réalité de la nation coréenne.

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