Intervention de Daniel Lenoir

Réunion du 26 septembre 2012 à 9h30
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Daniel Lenoir, directeur général de l'Agence régionale de santé, ARS du Nord-Pas-de-Calais :

Il y a dix ans, quand je dirigeais la Mutualité sociale agricole (MSA), j'avais déjà signalé le risque de désertification médicale en milieu rural, alors que le phénomène n'était pas encore visible. Il est désormais avéré. Et il ne touche pas que les zones rurales. Dans le Nord-Pas-de-Calais, le problème se posera avant cinq ans non seulement dans l'arrière-pays du littoral et dans le sud, mais aussi dans le sillon minier et sur le versant nord-est de la métropole, c'est-à-dire dans des zones urbaines sensibles.

Ce problème ne saurait non plus être réduit au manque de généralistes. La ministre a annoncé qu'elle voulait mettre en place des équipes de soin de proximité : en effet, quel que soit le débat entre incitation et coercition, on ne répondra aux besoins médicaux, qui portent de plus en plus sur le suivi des maladies chroniques, qu'en libérant du temps médical et en faisant coopérer avec les médecins traitants infirmiers et kinésithérapeutes, qui peuvent participer à une prise en charge de proximité. Dans ma région, il existe soixante projets de maisons et pôles de santé et j'ai agréé récemment un protocole de coopération entre un ophtalmologiste et des orthoptistes : les seconds assureront les mesures de la réfraction, de sorte que le premier pourra se consacrer aux actes plus complexes.

Encore trois précisions concernant l'accès aux soins.

Les ARS travaillent à concrétiser l'engagement pris par le Président de la République de garantir un accès aux services d'urgence en moins de trente minutes. Cela passe par des mesures différenciées selon les situations : installation d'une structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR), révision du dispositif de transports héliportés, recours à des médecins correspondants du SAMU...

Nous avons également signé un accord avec la Belgique pour permettre au SAMU le plus proche d'intervenir sans considération de frontière. La répartition des interventions ayant été équilibrée, nous ne constatons pas à cette heure de transfert de charges d'un pays vers l'autre.

Le développement des maladies chroniques crée un besoin de dispositifs d'accompagnement, en particulier d'accompagnement des personnes âgées. En lien avec les conseils généraux, nous favorisons la prise en charge à domicile, ce qui comprend des aspects autres que sanitaires comme l'intervention d'aides ménagères. Nous développons aussi des structures adaptées à la prise en charge de pathologies ou handicaps spécifiques, comme la maladie d'Alzheimer ou l'autisme.

La problématique concentration versus dispersion concerne aussi l'hôpital public. Dans ma région, relativement dense, chaque zone possède un hôpital général, mais une prise en charge de haut niveau, comme celle qu'effectue un centre hospitalier régional universitaire (CHRU), ne peut être réalisée partout. Garantir la qualité et la sécurité des soins dispensés sur les plateaux lourds passe par une concentration plus forte de ces équipements.

Il est toujours délicat de trouver le bon équilibre entre proximité et qualité des soins, mais il y a deux manières de rapprocher l'hôpital de la population. La première est de faciliter les déplacements : nous implantons donc les nouveaux hôpitaux dans des noeuds de communication permettant un accès rapide mais, dans d'autres cas, il peut être nécessaire d'améliorer les réseaux de transport, notamment publics. La seconde manière consiste à développer la télémédecine, grâce à la généralisation du haut débit. Le Nord-Pas-de-Calais a ainsi mis en place le système Télé-AVC qui permet à un neurologue et à un radiologue d'effectuer à distance, en moins d'une heure, un diagnostic aussitôt transmis à l'urgentiste ; celui-ci sera alors à même, le cas échéant, de pratiquer une thrombolyse dans le délai impératif de trois heures. Ce dispositif fonctionnera bientôt dans cinq hôpitaux du sud de la région.

Comme toutes les ARS, nous avons élaboré un projet régional de santé. Après un temps de concertation avec les conseils généraux et avec le conseil régional, nous sommes entrés dans une phase plus formelle de consultation : nous avons adressé le projet à leurs présidents et aux préfets, afin de recueillir leur avis. Nous développons à présent une contractualisation, notamment sur le médico-social et sur la prévention. S'agissant enfin des contrats locaux de santé, j'ai décidé de donner la priorité aux intercommunalités, notamment pour certains problèmes comme la chloration de l'eau qui ne peuvent être traités par les petites communes.

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