Intervention de Pascal Terrasse

Réunion du 16 octobre 2013 à 11h15
Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPascal Terrasse :

Je voudrais à mon tour remercier Hervé Mariton pour son excellent rapport, exhaustif, même si une partie non négligeable porte sur le nucléaire.

Je voudrais tout d'abord rappeler que « la meilleure des énergies est celle que l'on ne consomme pas ». Toute notre politique énergétique doit être orientée vers la maîtrise de nos dépenses énergétiques. Aujourd'hui, pour l'essentiel, nos énergies sont basées sur des énergies fossiles dont on sait que les ressources sont épuisables : c'est le cas du gaz et du pétrole – dont on sait que les réserves ne sont en réalité pas celles qui sont connues, mais se situent bien en dessous. Pour des raisons liées aux intérêts des grands ensembles financiers, il est cependant difficile de mettre en évidence que le coût des recherches pétrolières va augmenter parce qu'il faut faire toujours plus d'effort pour exploiter cette ressource. Pour rappel, le nucléaire est aussi une énergie fossile et l'uranium se trouve en quantité limitée sur la planète. On voit bien avec ce qui se passe depuis huit jours au Niger que ce n'est pas sans conséquences sur les ressources dont on a besoin en France, puisqu'Areva s'approvisionne dans ce pays.

La transition énergétique est utile et nécessaire. Elle passera en premier lieu par la sobriété énergétique. De nombreuses collectivités locales et de nombreux foyers se sont déjà engagés dans cette démarche ; il faudra les accompagner par des moyens techniques. Elle passera en second lieu par la recherche de l'efficacité énergétique : on peut maîtriser sa facture énergétique si on est capable de mobiliser des ressources suffisantes pour faire en sorte d'y parvenir, notamment dans les logements sociaux. Il y a là une vraie source d'économies.

Je dirai enfin à Hervé Mariton que les trente-quatre engagements pour la France du plan dit « Montebourg » prévoient une action très concrète avec la pile énergétique. En dehors des barrages, nous ne savons pas stocker l'énergie. Le travail sur le stockage de l'énergie est un vrai enjeu pour les trente à quarante prochaines années.

Dans la présentation de la première partie de son rapport, Hervé Mariton a parlé de Fukushima. J'ai rencontré les responsables de ce qui sera demain l'équivalent de l'ASN à Fukushima, en tant que président d'une commission locale d'information sur la centrale nucléaire de Cruas. Ils prennent modèle sur notre propre organisation et à ce propos, je voudrais dire que j'ai une totale confiance en l'ASN. Je la vois fonctionner depuis de nombreuses années. M. Lacoste a fait un travail de transparence considérable. Il a travaillé dans une démarche complètement neutre et en toute indépendance. Siègent à la commission locale d'information à laquelle je participe, le directeur de l'ASN et le président de la CRIIRAD, organisation reconnue comme indépendante et tous s'accordent sur les données.

Au Japon, toutes les centrales sont arrêtées. Le pays est donc obligé de s'approvisionner à l'extérieur, ce qui a un coût considérable. Hervé Mariton l'a rappelé, le coût de l'énergie impacte très fortement la croissance du pays. À propos de l'Allemagne, on ne peut pas dire en France que le nucléaire, c'est « mal » et prendre exemple sur l'Allemagne, car ce pays a mis en place un système extrêmement contestable qui repose sur la consommation du gaz et du charbon. Prôner une démarche similaire à celle de l'Allemagne revient à nier complètement la question du dérèglement climatique ! Or, je considère que c'est le véritable enjeu de demain. Utiliser massivement le charbon comme le fait l'Allemagne, c'est augmenter les rejets de CO2 et participer au dérèglement climatique.

À propos du nucléaire, Hervé Mariton a raison sur les problématiques techniques et politiques. Sur la problématique technique, je fais confiance à l'ASN. S'il existe des problèmes à caractère technique, l'ASN est en capacité de le démontrer et s'il faut fermer des centrales nucléaires pour des raisons techniques, la puissance publique doit s'organiser en conséquence. Pour moi, la fermeture de Fessenheim n'est pas un choix technique mais politique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'y suis opposé.

Hervé Mariton a une nouvelle fois raison lorsqu'il fait la différence entre l'amortissement de l'outil industriel sur la durée et la durée de vie des centrales. Ce sont les visites décennales, effectuées sous le contrôle de l'IRSN et de l'ASN qui permettent de prolonger le fonctionnement des centrales. Ainsi, une centrale peut fermer demain et une autre fonctionner durant soixante ans.

Dernier point très important : 75 % des salariés travaillant dans l'enceinte de la centrale nucléaire ne sont pas des agents sous statut EDF mais des employés de sociétés prestataires. C'est le cas, en particulier de ceux qui effectuent les visites décennales. EDF recherche logiquement les meilleurs prix, mais il ne faut pas que la variable d'ajustement se fasse sur la qualification de ses sous-traitants. Or, le risque existe de voir ces entreprises mal rémunérées pour le travail accompli recourir à des personnels insuffisamment qualifiés d'autant que la courbe d'âge des personnels travaillant dans le nucléaire montre que pratiquement toute une génération va prochainement partir à la retraite. Se pose donc la question de la transmission du savoir aux jeunes, car leur formation très en pointe n'est pas forcément adaptée au dispositif technique des centrales nucléaires qui date d'une trentaine d'années.

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