Intervention de Olivier Laroussinie

Réunion du 17 octobre 2012 à 9h45
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Olivier Laroussinie, directeur général de l'Agence des aires marines protégées :

Pour illustrer le caractère extraordinaire de la biodiversité marine outre-mer, je citerai quelques chiffres : ces territoires regroupent 6 % des monts sous-marins de la planète, 20 % des atolls, 10 % des récifs coralliens. Ils accueillent des espèces spectaculaires de mammifères et d'oiseaux, des lieux de ponte des tortues et des zones de reproduction pour les oiseaux uniques au monde. Mais la biodiversité marine est également remarquable eu égard aux services écosystémiques qu'elle rend en termes de ressources halieutiques mais aussi d'aménité, sans oublier qu'une part de l'économie des outre-mer est tournée vers le tourisme, qui dépend en partie de la qualité des milieux marins.

La connaissance est l'un des maillons faibles de ce système. Nous avançons à petits pas et nous prenons parfois des décisions qui reposent sur des données approximatives. C'est la raison pour laquelle l'Agence a investi dès sa création dans la collecte de données en réalisant un inventaire statistique des oiseaux et mammifères marins par survol aérien – seul moyen d'aborder l'espace sous-marin sur l'ensemble de sa superficie. Grâce à cet inventaire, nous avons fait d'importantes découvertes comme la présence de très nombreux mammifères marins en Guyane ou les différences qui existent entre l'est et l'ouest de l'île de Madagascar.

L'Agence a entrepris une campagne d'inventaires exploratoires dont l'un aux îles Marquises, en collaboration avec le CNRS, le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), l'Institut de recherche pour le développement et l'Ifremer. Ses éléments serviront à constituer le dossier d'inscription des Marquises au Patrimoine mondial de l'humanité.

Mais la gestion de ces nombreuses aires marines accapare une telle part de nos moyens qu'il nous est impossible de poursuivre ces inventaires exploratoires, voire de terminer l'inventaire statistique sur les oiseaux et mammifères marins.

Les aires marines protégées sont pourtant, dans l'immédiat, l'outil le plus simple en termes de développement durable. Deux démarches existent pour protéger une aire marine : en faire une réserve en vue de protéger telle ou telle espèce, ou bien un parc naturel reposant sur un double objectif de protection et de développement.

Les premières existent déjà outre-mer. Je ne citerai que la réserve naturelle de l'Amana, en Guyane, créée pour protéger les plages où viennent pondre les tortues, la réserve Merlet en Nouvelle-Calédonie, les atolls de Scilly et Bellinghausen en Polynésie, la réserve naturelle du lagon de La Réunion.

Quant au parc naturel, il est tourné vers l'exploitation et la valorisation des espèces protégées. Pensons au parc naturel marin de Mayotte ou au lagon de Nouvelle-Calédonie, dont une partie est inscrite au Patrimoine mondial.

Certaines aires marines sont à la fois une réserve et un parc, comme le Parc national de la Guadeloupe : une totale protection du milieu s'applique dans le coeur de l'espace et l'aire maritime adjacente fonctionne comme un parc naturel marin.

Le Livre bleu Stratégie nationale pour la mer et les océans, approuvé par le Conseil interministériel de la mer en décembre 2009, avait pour objectif de protéger 20 % des aires marines, ce qui témoigne de l'ambition de notre pays. De nombreux projets sont à l'étude ou en cours de réalisation, dont un parc naturel marin en Martinique, une unité d'exploitation de petite pêche côtière en gestion concertée avec les pêcheurs en Guyane, un parc destiné à protéger la barrière de corail en Nouvelle-Calédonie, et d'autres en Polynésie et dans les Terres australes et antarctiques françaises.

Notre démarche consiste à procéder à l'analyse stratégique de chaque aire marine en termes de patrimoine naturel et d'écosystème, mais également d'usages et de ressources. Elle revêt une dimension internationale puisque la France prend part à six conventions de mers régionales. L'un des premiers succès de l'Agence fut d'obtenir un financement de la Commission européenne pour réaliser une étude stratégique à l'échelle du Pacifique Sud. Nous participons enfin au Programme régional océanien de l'environnement, en tentant de concilier protection des mers et exploitation des ressources. Tous les membres de nos équipes, sur le terrain, sont au service du développement durable.

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