Intervention de Thierry Repentin

Séance en hémicycle du 31 octobre 2013 à 9h30
Approbation de l'accord entre la france et l'italie sur une nouvelle ligne ferroviaire lyon-turin — Présentation

Thierry Repentin, ministre délégué chargé des affaires européennes :

Monsieur le président, madame la présidente de la commission des affaires étrangères, madame la rapporteure pour avis de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, monsieur le rapporteur de la commission des affaires étrangères, mesdames et messieurs les députés, je suis heureux de me retrouver avec vous ce matin pour échanger sur la nécessité de ratifier l’accord passé le 30 janvier 2012 entre le Gouvernement français et le gouvernement italien concernant la réalisation et l’exploitation d’une nouvelle ligne à grande vitesse dite « Lyon-Turin ».

Je suis heureux, parce que la ratification de cet accord est un beau rendez-vous parlementaire. Il permet à votre assemblée de participer à la construction européenne, à travers une avancée importante, sur un projet de très grande envergure à l’échelle du continent européen. Il est en effet essentiel, ne nous y trompons pas, d’apprécier la pertinence de cette nouvelle ligne ferroviaire au-delà de son seul impact régional.

Certes, il est évident que pour les régions concernées en France et en Italie, une nouvelle infrastructure de cette qualité, reliant des pôles économiques stratégiques et améliorant la mobilité des citoyens européens, représente un formidable intérêt. Mais un tel projet mérite de prendre un peu de distance et d’examiner ce qu’il représente au regard de la structuration des échanges à l’échelle du continent européen tout entier.

Observons la carte de l’Europe en considérant l’ensemble des réseaux européens qui se développent aujourd’hui, et au coeur de ces réseaux, la place que notre pays occupe.

Aujourd’hui, force est de constater qu’une part de l’avenir de l’Europe se joue dans le transfrontalier et le développement des échanges, à l’image du tunnel de Lötschberg entre la Suisse et l’Italie, ou encore de celui du Brenner qui sera mis en service en 2025 entre l’Italie et l’Autriche. Ces pays voisins investissent dans de grandes liaisons leur permettant de dessiner de nouveaux horizons pour leurs citoyens comme pour leurs entreprises en même temps qu’il renforce l’armature des échanges entre le nord et le sud.

Avec la liaison Lyon-Turin, il s’agit de relier non pas seulement la France à l’Italie mais aussi la péninsule ibérique au sud-est de l’Europe, aux Balkans, aux pays du partenariat oriental, ce qui veut dire, en pratique, replacer la France au centre de gravité de l’Europe.

Nous devons faire preuve d’ambition pour l’avenir de notre territoire, pour l’avenir de nos concitoyens, pour la compétitivité de nos entreprises, pour la durabilité de notre environnement naturel. Alors, ce que je souhaitais vous dire aujourd’hui, c’est qu’avec la ratification de cet accord, nous avons la possibilité de franchir une étape, de marquer un pas, pour l’avenir géographique, stratégique et économique de notre pays au coeur du projet européen. Ce pas revêt une importance toute particulière alors que nous sommes, comme vous le savez, engagés depuis maintenant dix-huit mois avec le Président de la République dans une réorientation de l’action européenne.

Quel est le rapport, me demanderez-vous ? Je vous répondrai que ce rapport est on ne peut plus clair, et ce, au regard d’au moins trois des objectifs que nous nous sommes fixés pour mettre en oeuvre ce projet.

Le premier objectif, c’est celui de construire une France forte qui entretient de solides relations avec ses plus proches partenaires européens. Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, notre objectif était clair : tout mettre en oeuvre pour que la France soit à l’impulsion de la réorientation de l’Europe, qui n’avait d’autre objectif que l’austérité à perte de vue vers une politique équilibrée, tournée vers la relance, la croissance et l’emploi.

Pour y parvenir, pour dessiner ce nouvel horizon, il fallait avant tout que la France retrouve sa place au coeur de la construction européenne, en lien naturellement avec l’Allemagne. Nous l’avons fait avec succès. Je l’ai rappelé à plusieurs reprises devant vous, en particulier cette semaine lors de mon audition devant la commission des affaires étrangères et lors des questions au Gouvernement de mardi.

Mais il fallait aussi redonner de la vigueur aux relations privilégiées qui nous unissent à d’autres partenaires européens. L’Italie occupe à cet égard une place singulière. Et depuis mai 2012, et plus encore depuis la nomination d’Enrico Letta, elle est redevenue un partenaire prioritaire et privilégié de la France. Sur de très nombreux sujets européens comme internationaux – la réorientation en faveur de la croissance, le soutien aux initiatives accompagnant la jeunesse vers l’emploi, la construction d’une politique de voisinage Sud, la politique de sécurité et de défense –, nos deux pays ont des intérêts et des approches très similaires. Notre partenariat avec Rome s’est donc renforcé et constitue un moyen de mieux défendre nos intérêts communs au niveau européen.

Après une période durant laquelle la France et l’Italie ont connu des relations que je qualifierai de façon diplomatique de « mouvementées », elles se sont donc retrouvées. Les changements politiques dans nos deux pays y ont fortement contribué.

Ce rapprochement était une nécessité. Nous ne devons pas perdre de vue notre histoire commune. Il n’y a pas tant de pays au monde qui peuvent dire que leur amitié repose sur plus de deux millénaires d’échanges, d’apports mutuels, de destins communs et de croisements culturels aussi étroits et intenses que ceux qui existent entre nous. Ce rapprochement s’explique par notre convergence sur de nombreux dossiers européens, et par notre volonté de travailler ensemble. Il s’illustre au quotidien par les importants échanges commerciaux entre nos deux pays : l’Italie est, ne l’oublions pas, notre deuxième client et notre troisième fournisseur.

C’est donc dans ce contexte que va prendre place le prochain sommet bilatéral, le 20 novembre à Rome. Et le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin sera au coeur de ce rendez-vous. L’Italie a déjà bien engagé le processus de ratification de son côté. Je peux attester de la motivation de nos voisins transalpins qui, à chacune de nos rencontres, me font part de leur volonté d’aboutir rapidement. J’en ai eu encore la confirmation ce week-end à l’occasion d’un échange sur ce dossier avec le président du Conseil italien, M. Letta.

Nous devons nous aussi montrer à l’Italie que la France s’investit et croit en l’avenir commun de nos deux pays. Nos relations ont rarement été aussi étroites et productives – c’est même peut-être sans précédent –, et la ratification de cet accord dont vous allez décider constitue une pierre supplémentaire à l’édifice du partenariat franco-italien. Il traduit une même vision de l’avenir de l’Europe que nous partageons : celle d’une Europe ambitieuse, qui se projette vers l’avenir, et qui se bâtit au travers de grands projets d’envergure transfrontalière, à l’image du futur Lyon-Turin.

Le deuxième objectif dans lequel s’inscrit la ratification de cet accord, c’est notre investissement pour la croissance durable et pour l’emploi.

Cet accord pose un cadre : celui de la future construction de la liaison ferroviaire entre les agglomérations de Lyon et de Turin. Ce projet recèle un haut potentiel en matière de développement économique, de croissance et d’emploi. Ce potentiel repose sur les deux finalités de ce projet, qui méritent l’une comme l’autre notre soutien : améliorer la liaison pour les usagers de cette future ligne à grande vitesse, en termes de facilité d’accès comme de rapidité ; basculer de la route vers le fret le trafic de marchandises traversant les Alpes franco-italiennes.

Dans les deux cas, ce projet a un intérêt économique indéniable. Les régions Rhône-Alpes, Piémont et Lombardie représentent des pôles économiques importants, et la barrière des Alpes constitue un frein à leur développement, développement qui serait favorisé par cette liaison.

Le chantier lui-même représente déjà un potentiel important en termes de créations d’emplois, sachant que plus de la moitié des emplois du futur promoteur seront créés en France. Par ailleurs, nous savons tous ici que la mobilité est une des clés pour l’accès à l’emploi et à de nouveaux marchés. Ainsi, le temps de parcours entre Paris et Milan passera de sept à quatre heures. Nous savons tous aussi à quel point il est important pour les entreprises dans nos territoires de pouvoir acheminer leurs marchandises, ou d’être livrées rapidement. C’est également une donnée déterminante de la compétitivité de notre économie à laquelle répond la création de ce corridor à priorité fret ambitieux.

Ajoutons que ce projet aura également des incidences réelles en termes de développement durable. La France et les États de l’arc alpin, se sont tous engagés et de manière concertée dans une politique volontariste de report modal, visant à réduire la part de fret routier longue distance et à favoriser les modes alternatifs. Sa réalisation permettra à terme d’augmenter sur ce corridor la part modale du transport ferroviaire de 20 à 55 % et de reporter près d’un million de poids lourds par an de la route vers le rail.

Combien d’entre nous ne se sont pas dit, en doublant des files entières de camions, qu’il suffirait finalement d’un train pour rendre ces embouteillages, ces risques et cette pollution inutiles ? Il faut en finir avec le mur de camions qui traverse les Alpes. C’est une dimension très importante du projet Lyon-Turin. Il permettra ainsi de réduire les nuisances et la production des gaz à effet de serre subis par les vallées alpines du fait de leur forte fréquentation par les poids lourds, et la pollution ne connaît pas de frontière. La multimodalité, c’est l’avenir de notre économie comme de notre planète.

Le troisième objectif, c’est celui d’une France ambitieuse, qui se saisit de l’espace européen pour bâtir son avenir et celui de ses concitoyens.

Investir les espaces transfrontaliers, c’est investir pour l’avenir. Ce n’est pas par hasard si, de François Mitterrand à François Hollande, en passant par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy,…

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion