Intervention de Allain Bougrain Dubourg

Réunion du 14 mai 2014 à 9h30
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Allain Bougrain Dubourg, corapporteur au nom de la section de l'environnement du Conseil économique, social et environnemental, de l'avis sur « l'éducation à l'environnement et au développement durable tout au long de la vie, pour la transition écologique » :

Nous vous remercions sincèrement, mesdames et messieurs, pour votre attention. Nous avons beaucoup travaillé sur cette question et nous avions un sentiment de solitude car l'éducation à l'environnement et au développement durable a été longtemps considérée comme le parent pauvre. J'en veux pour preuve certaines de vos questions.

Je suis président d'une association de protection de la nature, la LPO (Ligue de protection des oiseaux) qui, avec 400 salariés et 46 000 membres, est la première association française dans le domaine de la biodiversité. Je peux en témoigner, les collectivités territoriales, les entreprises et les élus locaux nous demandent souvent comment sensibiliser et éduquer les populations.

Cette demande est positive, encore faut-il pouvoir y répondre. Le travail que nous avons conduit au CESE, même s'il a des manques ou des incohérences, est une sorte de boîte à outils destinée à être utilisée, notamment par les associations. Nous pouvons nous réjouir du fait que la Conférence environnementale ait consacré une table ronde à l'éducation à l'environnement et au développement durable, mais soyons réalistes : mettre une trentaine de personnes autour d'une table, même avec un ministre de l'éducation nationale à nos côtés, pour refaire le monde, cela ne suffit pas. Il faut travailler de façon pragmatique.

Nous sommes là pour donner des pistes et des orientations. Notre boîte à outils reste ouverte et c'est à vous, mesdames et messieurs les députés, de reprendre le flambeau.

En résumé, il faut établir un pont entre les demandes et les potentialités.

Les sorties nature et les classes découverte sont effectivement de plus en plus rares, pour des raisons légitimes comme l'inquiétude des parents, mais aussi pour d'autres raisons qui le sont moins – je pense à une circulaire, encore en vigueur, qui conseille aux enseignants de ne pas emmener leurs élèves dans la nature à cause du risque lié à la grippe aviaire. Comme s'ils allaient attraper cette maladie en observant les oiseaux à la jumelle ! Nos associations ont dû licencier des animateurs nature pour cette raison. Il faut assouplir ces réglementations. J'ai connu un retraité qui avait conduit des bus pendant toute sa vie professionnelle et voulait continuer à le faire pour emmener bénévolement des enfants dans la nature. Devant le nombre impressionnant de contraintes, il y a renoncé ! C'est dommage, car une vraie compétence existe au sein des associations de protection de la nature.

Je me réjouis de voir que beaucoup d'élus locaux s'emparent de la question de la biodiversité, en particulier les communautés de communes, en consacrant des moyens à la création de postes d'écogarde ou à l'organisation de séances d'initiation à l'environnement. Nous nous en réjouissons, mais il ne faudrait pas déposséder les associations de protection de la nature qui ont une vraie compétence en matière d'éducation à l'environnement et jouent un rôle important de lanceurs d'alerte.

Je ne m'attarderai pas sur la chasse, mais je dirai simplement que le président de la Fédération nationale des chasseurs, membre de la section environnement, a voté pour cet avis. Cela dit, la moindre des choses pour un chasseur qui prétend être le premier des écologistes, est de respecter le droit. Or je constate qu'au nord du Gers on continue à braconner l'ortolan, avec la complicité de tous, ce qui à mes yeux n'est pas de la chasse. Et je ne vois pas de chasseurs s'élever contre cette mesure. Je pourrais citer une multitude de situations de même nature.

Par ailleurs, j'ai vu, à l'occasion des voeux du mois de janvier, une photo montrant un garçon qui semblait avoir douze ans avec un fusil à la main, sa camarade ou petite soeur portant les cadavres d'oiseaux sur son épaule. C'est inacceptable ! Oui, nous pouvons travailler avec les chasseurs sur l'éducation à l'environnement, car nous avons des intérêts communs, mais pas n'importe comment. Je ne veux pas de l'éducation au braconnage, au piégeage, à la souffrance animale.

Je crois à la valeur de l'exemple. Des choses admirables sont réalisées par des scientifiques, des collectivités, des associations. Il faut les valoriser. En 2010, à l'occasion de l'année de la biodiversité, j'ai réalisé pour France Télévisions une petite série « Les héros de la biodiversité ». En 2015, nous réaliserons « Les héros du climat ». Pour résoudre les problèmes d'éducation et de sensibilisation, il faut certes alerter, mais également adresser un message optimiste montrant que c'est dans la joie que l'on construit plutôt que dans la contrainte. C'est d'ailleurs l'avis de Ségolène Royal qui souhaite « positiver l'environnement ».

Pendant la campagne pour les élections municipales, avec Anne Hidalgo, nous avons rencontré des enfants d'une dizaine d'années dans le but de comprendre leurs besoins. Nous avons été frappés par leur maturité et leur connaissance des problèmes qui nous préoccupent aujourd'hui.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion