Intervention de Jean Glavany

Réunion du 17 février 2015 à 17h00
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean Glavany :

Quant à la relation entre l'UE et la Turquie, un sondage récent indique que 57 % des Turcs sont pour un rapprochement du pays avec l'Union européenne. Ce qui n'était pas le cas auparavant. Les négociations repartent d'un bon pied et l'on sait en Turquie qu'il n'y a rien à reprocher à la France sur le sujet. Il n'y a que Chypre qui fasse de vraies difficultés. Le président de la commission du suivi des négociations au parlement nous a déclaré que, de toute façon, il y aurait aussi un référendum en Turquie à la fin du processus, comme dans certains pays de l'Union. Pour eux, le plus important, c'est en fait le processus lui-même, l'acquis communautaire, qui leur permet de moderniser leurs institutions.

Il y a une rupture certaine avec le kémalisme, avec la tradition laïque et l'islamo-conservatisme du régime se radicalise. Le pouvoir actuel a voulu être le phare du monde musulman, s'est rapproché des Frères musulmans, donc de Mohamed Morsi, et il y avait là une cohérence en termes de politique régionale, avec au niveau interne la remise en cause du principe de laïcité et le mouvement conservateur patronné par Erdogan.

Quant au Gülénisme, beaucoup de choses nous ont sans doute échappées en trois jours, mais on n'a pas entendu parler de scientologie. Plutôt d'un prédicateur élitiste. Pour le reste, on ne sait ce qui a été l'élément déclencheur : la répression contre le Gülénisme a en tout cas coïncidé avec l'enquête sur Erdogan et ses proches sur des affaires de corruption, ce qui a été le prétexte pour les incriminer et dénoncer « l'Etat parallèle », alors que rien ne le prouve. Il y a des coïncidences troublantes.

La Turquie est un pays ambigu et passionnant. Il regarde vers l'Europe avec un sens constructif, mais reste attentiste, en ayant conscience du fait qu'il avance grâce à l'Europe.

La perte d'influence du pays sur le Moyen-Orient est certaine car le rapprochement avec Mohamed Morsi a été trop loin. Lorsque al-Sissi est arrivé au pouvoir, la rupture a été totale entre les deux pays qui n'ont plus aujourd'hui de relations.

Il y a une opposition dans le pays, elle a même eu un relatif succès aux élections puisque Erdogan a obtenu 52 % aux élections présidentielles. Mais elle pèse peu aujourd'hui et le Président est très populaire. Il y a des négociations pour des alliances électorales pour tenir compte des nouvelles règles, mais il n'y a rien de structuré.

La Turquie a réaffirmé son rôle actif sur l'Otan, le vice-président américain Biden est venu en visite il y a quelques temps ; la Turquie est un peu angoissée de se retrouver seule face à une crise régionale et elle critique ses alliés occidentaux sur cet aspect.

La relation avec l'Iran a été affectée par la crise syrienne, mais cela ne se traduit pas par des déclarations virulentes d'Erdogan contre l'Iran. Les relations économiques sont excellentes, sur les aspects énergétiques notamment et l'on peut parler aussi d'une certaine ambiguïté ici.

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