Intervention de Catherine Lemorton

Séance en hémicycle du 7 avril 2015 à 15h00
Modernisation du système de santé — Article 9

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaCatherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales :

Il faut savoir de qui on parle ! Si certains s’expriment par dogmatisme, d’autres le font par méconnaissance. De fait, on ne peut pas tout connaître – ce n’est pas une accusation : c’est ainsi.

Pour une fois, je ferai part de mon expérience de quinze ans dans un réseau de réduction des risques, à Toulouse – l’un des premiers, que nous avons mis en place en 1995 et qui a du reste été pris en exemple voilà cinq ans comme étant l’un des plus efficients.

Les salles de consommation s’adressent à des personnes qui ne sont plus dans le droit commun, qui sont en rupture familiale, qui vivent dans des squats, au mieux dans des groupes – mais des groupes dans la rue –, qui n’ont même pas la CMU, alors qu’ils y ont droit. Au mieux, ils vont de temps à autre voir un pharmacien pour l’échange de seringues. Ils n’ont pas de toit et ont, à un moment donné, besoin d’un lien, toujours le même, au même endroit. Je le répète, ce sont des gens avec lesquels on travaille vraiment à petits pas.

J’entends parler de coût. S’il vous plaît ! Le coût arrive vraiment au deuxième plan ! Ces gens ont parfois vingt ans et sont en rupture familiale depuis l’âge de quatorze ou quinze ans – j’ai des visages en tête. Parfois, ils se trouvent à 600 kilomètres de leur lieu de résidence familiale et leurs parents ne savent même pas ce qu’ils sont devenus, ni où ils sont. Je n’invente rien : je parle de l’expérience, de la réalité.

Quand ces gens ont la chance de trouver une pharmacie qui s’ouvre à eux, il faut parfois un an, voire deux, trois ou quatre, avant qu’ils ne commencent à ouvrir la porte de leur vie et à dire qu’ils en ont assez de vivre comme ça – et ce n’est que le début, une toute petite marche ! On n’est pas encore à la fin du parcours.

Ces salles de consommation s’adressent à ces gens qui ont disparu du radar de notre société, en un sens très large – radar amical et familial, radar du droit commun, radar des droits à la Sécurité sociale, aux allocations logement, aux allocations familiales. Bref : des gens en perdition, au bout du bout de la chaîne, qui ont une espérance de vie de 35, 40 ou 45 ans.

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