Intervention de Michel Terrot

Réunion du 7 juillet 2015 à 17h00
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMichel Terrot :

Vous avez répondu avec beaucoup de franchise sur la politique du don de l'AFD, ce qui fait que je n'ai plus besoin de vous poser les questions que j'avais préparées sur ce point.

Il est indiscutable que nos principaux partenaires, en particulier l'Allemagne et, à un degré moindre, la Grande-Bretagne, font beaucoup mieux que nous en matière d'influence exercée en Afrique subsaharienne : les 210 millions d'euros que la France répartit sur seize pays francophones parmi les plus pauvres au monde, c'est ridiculement peu, même si le montant alloué a été augmenté d'une dizaine de millions d'euros entre 2013 et 2014 – pour 2015 et 2016, vous nous avez dit qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer.

Le don est la forme d'intervention qui nous donne le plus de visibilité et de crédibilité auprès de nos partenaires. Nous devons le rééquilibrer en nous posant la question du dosage entre aide multilatérale et aide bilatérale. En ce qui concerne le Fonds mondial de lutte contre le sida, il me semble que nous sommes allés trop loin et que nous pourrions dégager de nouvelles marges de manoeuvre dans ce domaine : dans le prochain budget, une réduction du montant des crédits alloués au Fonds pourrait permettre d'affecter davantage au bilatéral, en particulier au don.

Il est également permis de s'interroger sur le service rendu par certaines agences onusiennes, notamment celles situées en Autriche : sans doute les fonds qui leur sont alloués pourraient-ils être mieux utilisés ailleurs.

En ce qui concerne la taxe sur les transactions financières, il était initialement prévu qu'elle soit affectée en totalité aux objectifs du millénaire. Or, seuls 15 % des recettes de cette taxe ont actuellement cette destination, le reste tombant dans le puits sans fonds du budget de l'État. Ce n'est pas du tout ce qui avait justifié l'instauration de cette taxe, et mettre en oeuvre ce qui avait été prévu au départ permettrait de récupérer des fonds d'un montant non négligeable.

Enfin, en cette période de pénurie, on constate que le don va aussi bien à l'équipement qu'à l'éducation ou à la santé, en un saupoudrage tout à fait inefficace. Pour moi, l'urgence consiste avant tout à maintenir la défense de la langue française dans les pays francophones. S'il faut faire des choix, nous pouvons considérer que le secteur de la santé relève plus du multilatéral que du bilatéral et qu'à l'inverse, aucun autre État que la France ne prendra la défense du français en Afrique si elle ne le fait pas elle-même. En d'autres termes, l'aide bilatérale apportée par la France devrait être affectée essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, au secteur de l'éducation.

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