Intervention de Frédéric Mazzella

Réunion du 30 septembre 2015 à 9h30
Commission des affaires économiques

Frédéric Mazzella, fondateur et président de Blablacar :

D'ailleurs, je dis très souvent à toute l'équipe que la seule constante chez Blablacar, c'est le changement !

Ensuite, la communication est importante. Les messages envoyés voyagent très vite à l'international et nous reviennent comme un boomerang. La taxation à 75 %, par exemple, a fait le tour de la planète. Cela a été corrigé après, mais le mal était fait, et nous, entrepreneurs, on rame pour expliquer que cela ne se passe pas vraiment de cette façon. Même chose pour Dailymotion : l'histoire a fait le tour de la planète. Empêcher le rachat d'une boîte n'envoie pas aux investisseurs étrangers le message que la France est un pays dans lequel il faut investir. Il faut savoir que toutes les mesures qui sont prises ont un effet de communication très puissant.

Si le mouvement des « pigeons » a pris, c'est qu'il y avait une incompréhension de ce qu'est un mécanisme d'investissement par rapport à un mécanisme de dividende, ce qui témoigne d'une société plus rentière qu'innovante. Taxer les plus-values davantage que les dividendes, c'est forcer les entreprises à sortir l'argent sous forme de rente au lieu d'investir pour la suite, et donc, d'espérer des plus-values. Si l'on veut que notre pays investisse et aille de l'avant, il faut taxer les dividendes beaucoup plus que les plus-values. C'est la seule façon d'agir pour que les entreprises estiment que l'argent est mieux dans la boîte afin d'innover pour le futur que sorti de la boîte pour rémunérer les actionnaires.

J'en viens à la culture économique. Les grandes boîtes doivent savoir racheter les petites. C'est ainsi qu'on innove le mieux, car, dans la mesure où elles n'ont rien à perdre, les petites boîtes créent de l'innovation de rupture, ce que les grandes ne savent pas faire. Nous avons tous des exemples en tête, comme celui de Kodak, qui a inventé l'appareil numérique, mais n'a pas osé le lancer de peur que cela ne casse son business. D'autres l'ont fait à sa place et, du coup, on ne parle plus de Kodak. Il faut que les boîtes sachent racheter au fur et à mesure des innovations pour faire respirer tout l'écosystème de startups. Le financement des startups se fait au début grâce aux business angels, mais ensuite par des investisseurs de série A, série B, série D. Il y a aussi le fait que lorsque les grandes boîtes rachètent les petites, on crée de l'innovation. Cela fait partie de la culture, il faut que les grandes boîtes sachent reconnaître l'innovation au pied de leur porte, et pas seulement quand elle vient des États-Unis.

Enfin, tout ce qui est participation au capital est une bonne chose, car cela permet de créer un sentiment de groupe, une motivation collective pour une mission qui est la création d'un nouveau modèle de société. Tout ce qui permet la distribution d'actions gratuites, et donc, le partage du capital entre toutes les personnes qui construisent la valeur de demain est un élément très fort parce que cela crée des missions. Il y a trente, quarante ou cinquante ans, on savait dans notre pays créer des missions nationales et motiver tout le monde autour d'une cause ; j'ai l'impression qu'aujourd'hui, on n'arrive plus à le faire. Je ne sais pas comment on en est arrivés là. On n'arrive beaucoup moins à innover. En ce moment, il y a un renouveau qui vient des startups, avec une nouvelle distribution de la valeur. Il faut l'encourager parce que cela crée des effets de motivation de groupe absolument phénoménaux.

Chez nous, nous sommes 360 personnes de trente nationalités différentes et nous avons une ambiance de travail extraordinaire. Tout le monde vient travailler le sourire aux lèvres, avec une incroyable motivation. Nous avons créé cela parce que nous nous sommes donné une mission commune : construire notre service. C'est cela qu'il faut retrouver, et la manière de distribuer la valeur future créée, notamment, est une bonne façon de souder tout le monde autour d'une mission. Les gens n'ont plus une conscience purement individuelle et ne pensent plus que le travail, c'est seulement un salaire. Le travail, chez nous, c'est une mission. Ce que je dis aux gens qui viennent travailler chez nous, c'est qu'ils vont passer la moitié de leur vie à travailler et qu'ils ont intérêt à choisir un boulot qui leur plaît. Il faut qu'ils voient la valeur créée, pas seulement les horaires de travail et le salaire à la fin du mois, qui sont, certes, des composantes, mais non ce qui nous fait vivre.

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