Intervention de Bernard Cazeneuve

Réunion du 19 janvier 2016 à 18h00
Commission des affaires étrangères

Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur :

Monsieur Dufau, les premiers hot spots ont été mis en place en Grèce et en Italie, mais ils ne correspondent pas encore au niveau d'exigence que porte notre pays. Pour que ces hot spots jouent pleinement leur rôle, il faut que nous soyons garantis, après l'arrivée et la prise en charge des migrants, que les empreintes soient prises et les identités vérifiées. Il faut donc aussi, même si cela fait débat avec nos partenaires grecs, que la rétention soit possible tant que ces vérifications n'ont pas été effectuées. Un embryon de structure se met en place, témoignant de la volonté des commissaires européens de faire en sorte que les décisions soient appliquées. Ces décisions sont appliquées dans des pays tiers, ce qui implique que ces pays eux-mêmes se mobilisent.

Nous obtenons en France de très bons résultats dans la lutte contre les passeurs. Le nombre de filières démantelées a augmenté de 25 % entre 2013 et 2014, et de plus de 25 % entre 2014 et 2015 ; les résultats depuis les quelques semaines du début de l'année sont également très bons. Ce sont des filières entières qui sont démantelées par les services de la direction centrale de la police de l'air et des frontières, en liaison avec des services étrangers, par exemple les Britanniques sur la façade septentrionale. Nous devons faire de la lutte contre les passeurs une priorité, par le biais du mandat donné à Frontex, et les coopérations avec Europol ainsi qu'entre nos services de police et de renseignement, pour que les résultats que nous obtenons en France soient obtenus dans la totalité des pays de l'Union européenne.

Madame Ameline, le lien entre solidarité et responsabilité est essentiel. En réponse également à MM. Mariani et Myard, qui évoquent la fin de Schengen, je dirai qu'il y a deux comportements possibles : soit l'on considère que l'Europe est un gigantesque chaos et qu'au nom du réalisme il faut en tirer les conséquences et donc ne plus rien faire, soit l'on considère que les difficultés sont une raison supplémentaire d'agir avec volontarisme, sur la base d'un agenda précis. Je préconise que la France défende la seconde stratégie au sein de l'Union. La passivité accentuerait considérablement le désordre, et agir de façon incantatoire serait également une manière d'affaiblir l'Europe.

Le contrôle des frontières extérieures fait partie des mesures déjà prises. Il a été décidé d'octroyer 250 millions de plus à Frontex, auquel nous nous-mêmes des personnels, et nous avons demandé la création d'un corps de garde-frontières et d'un corps de garde-côtes au sein de l'Union. Il faut par ailleurs que nous fassions le nécessaire sur les hot spots, et il est également indispensable que le contrôle soit assuré aussi par l'interrogation du SIS, ce qui suppose que celui-ci soit alimenté de façon identique par les différents pays de l'Union.

Ce n'est pas – je réponds à M. Vauzelle – un agenda inaccessible. Ces objectifs ne sont pas plus ambitieux que ceux des pères fondateurs de l'Union européenne ou de François Mitterrand et Helmut Kohl lorsque l'Europe était à la croisée des chemins. Si nous faisons tout cela, nous éviterons le rétablissement des frontières intérieures. Cela implique certes de la volonté et de l'exigence. L'Europe doit comprendre que le temps des décisions qui a été le sien jusqu'à présent n'est plus corrélé à l'urgence des problèmes : il faut prendre les décisions plus vite. C'est ainsi que nous aurons à la fois solidarité et responsabilité.

Considérer que l'Europe est à jeter à la poubelle et que plus rien n'est à faire offre une certaine facilité, en termes de posture, car il est toujours plus facile de ne rien faire que de prendre des risques, mais c'est susceptible de provoquer un désordre considérable.

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